Perez et Bottas peuvent-ils relancer leur carrière en F1 ?
A respectivement 35 et 36 ans, Sergio Perez et Valtteri Bottas s’apprêtent à reprendre du service chez Cadillac après avoir été poussés à la retraite. Tous deux ont connu les affres d’une cohabitation difficile avec un champion du monde. Ils seront désormais équipiers au sein d’une équipe en pleine construction. Parviendront-ils à se servir de cette opportunité comme d’un second souffle ? Ils seront observés de près et leurs capacités à rebondir seront scrutées au peigne fin.
Sergio Perez, une renaissance après la désillusion Red Bull ?
Après d’excellents débuts chez Sauber, une année plus creuse chez McLaren puis sept saisons réussies chez Force India/Racing Point, Sergio Perez aura eu la lourde tâche d’épauler Max Verstappen durant quatre ans chez Red Bull. Une période durant laquelle le pilote mexicain aura été totalement éclipsé par son très côté équipier.
Un parcours auréolé, quand même, de 5 victoires et 3 pole positions, mais loin, très loin de Verstappen, avec qui il faisait mine de batailler en début de saison 2023, pour disparaître complètement par la suite.
Il aura également parfaitement joué son rôle d’équipier en apportant une aide précieuse au pilote batave lors de la finale à Abu Dhabi en 2021. Ce dernier qualifiait même Perez de légende pendant la course, lorsqu’il parvenait à retenir Lewis Hamilton, lui faisant perdre plusieurs secondes en deux tours.
Illustrant parfaitement la teneur de la difficulté d’être l’équipier du pilote néerlandais, le passage du Mexicain chez Red Bull s’arrêtera fin 2024, au terme d’une saison catastrophique bouclée au 8e rang final, tandis que Verstappen était sacré champion du monde pour la quatrième année consécutive.
Alors qu’on pensait la carrière de Perez terminée, les difficultés de Liam Lawson puis de Yuki Tsunoda chez Red Bull, début 2025, ont fait remonter sa cote, au point de le mettre au centre des rumeurs de transferts, puis de signer chez Cadillac pour 2026.
Un retour inattendu il y a encore un an.
Bottas, une réputation écornée par la cohabitation avec Hamilton
Valtteri Bottas, lui aussi, se dirigeait vers une fin de carrière après une dernière saison difficile chez Sauber, qu’il terminait finalement derrière son équipier Zhou, qu’il avait pourtant nettement dominé pendant la saison.
Le Finlandais, particulièrement malmené pendant ses années Mercedes, face à Lewis Hamilton, avait davantage profité des qualités de sa monoplace, signant 20 pole positions et remportant 10 courses en 5 ans.
Remplacé par George Russell en 2022, le pilote finnois signait chez Alfa Romeo et y passait 3 années contrastées. Il dominait Guanyu Zhou, son équipier, mais faisait les frais d’une monoplace inconstante, qui ne lui permettait de faire mieux que 10e au championnat, en 2022, et d’inscrire un total de 59 points dont 49 la première année. Il terminera cette association avec Alfa devenu Stake F1 par un score vierge en 2024.
Tout comme Sergio Perez, dont la trajectoire est décidément similaire, on pensait la Formule 1 terminée pour Valtteri qui retournait pourtant au bercail Mercedes en qualité de troisième pilote.
Un poste qui lui permettait de garder le pied à l’étrier, jusqu’à l’annonce de sa signature chez Cadillac F1.
Un binôme expérimenté et deux profils similaires
Voici donc les deux ex-retraités de retour au service. Un duo expérimenté qui sera un vrai atout pour une équipe débutante comme Cadillac. Les deux pilotes auront pour mission de guider et faire progresser l’équipe à travers leurs retours techniques.
Grande expérience de la discipline, plusieurs pole positions et victoires chacun, les deux pilotes ont aussi l’avantage d’avoir roulé pour deux des plus grandes équipes actuelles, Mercedes et Red Bull. Un avantage inestimable et quasiment inespéré pour Cadillac F1.
Le communiqué de presse de l’équipe s’appuyait sur les qualités de ce duo de pilotes solides dans son communiqué de presse, lors de l’annonce officielle de leur titularisation.
Bottas et Checo apportent l’équilibre parfait entre talent, maturité et détermination. Ils ne sont pas seulement des pilotes accomplis, ce sont des bâtisseurs, des collaborateurs et des professionnels qui aideront à définir ce que représente l’équipe Cadillac Formula 1.
L’expérience, un atout en vue de la nouvelle réglementation ?
Les 40 ans approchent pour Perez et Bottas, et leur courbe de progression a déjà vraisemblablement atteint son pic. Ils ne sont probablement pas les potentiels champions du monde qu’on pouvait encore imaginer à leur arrivée en Formule 1. Les années précédentes ont montré chez l’un et l’autre certaines limites.
Face à Lewis Hamilton pour l’un et Max Verstappen pour l’autre, ils ont disposé dans le même temps d’une monoplace victorieuse et d’un coéquipier encombrant qu’ils n’ont pu dompter. Deux pilotes de talent, capables parfois de fulgurances, et de mener à la victoire un matériel compétitif, mais à qui il manque le petit plus qui distingue les plus grands des autres.
La nouvelle réglementation technique qui entre en vigueur en 2026 sera un point central de leur réussite. Il s’agira d’un « reset » qui atténuera le handicap d’une année d’absence et qui pourrait, notamment avec la diminution drastique de l’effet de sol, redistribuer les cartes de la hiérarchie des pilotes. Certains pourraient en profiter. Perez et Bottas sauront-ils de ceux-là ? Impossible à dire à l’heure actuelle.
Cela étant dit, leur expérience pourrait bien constituer un avantage significatif dans ce virage radical.
Sur le plan mental, les deux pilotes ont beaucoup encaissé et semblent s’être fait un moral tout neuf. Une énergie positive qui leur servira en 2026.
Qualités individuelles
En termes de vitesse pure, les 20 pole positions de Bottas le placent comme un sacré client. Perez, lui, n’a jamais été particulièrement brillant dans cet exercice, même s’il a pu devancer sporadiquement Verstappen en qualifications.
Avantage Bottas, donc, sur un tour.
Perez dispose, lui, d’un avantage dans sa gestion des courses, et ce depuis ses débuts dans la catégorie reine. On l’a souvent vu s’élancer loin sur la grille et effectuer de jolies remontées en faisant durer ses pneus et en se montrant suffisamment agressif pour progresser sur la piste. C’était même une illustration parfaite de sa collaboration avec Red Bull.
Avantage Perez pour le rythme en course.
Qui prendra la main ?
La question qui se pose maintenant est la suivante : qui de Sergio ou de Valtteri prendra l’ascendant ? Bien malin sera celui qui trouvera la réponse avant le début de la saison 2026. Les deux pilotes ne manquent pas de qualités, qu’elles soient humaines ou techniques, et ont soif de revanche. Ils mettront un point d’honneur à prouver qu’ils ont toujours leur place en F1 malgré les revers et les années qui défilent.
La réponse à la question de la domination de l’un ou l’autre revêt une importance particulière, du fait de l’ombre Colton Herta qui plane non loin d’eux.
La menace Colton Herta, réelle
En effet, le jeune pilote, brillant en IndyCar, est dans les petits papiers de Cadillac qui aimerait avoir dans ses rangs un pilote américain. Ce dernier, nommé troisième pilote, entamera une saison de Formule 2 en 2026. Si elle s’avère convaincante, il y a fort à parier qu’il sera titularisé en 2027 en lieu et place de Perez ou Bottas. Le duel en interne sera donc particulièrement intéressant à suivre.
En outre, à moins de suivre l’exemple Alonso, il est peu probable que les deux pilotes poursuivent leur carrière pendant encore longtemps. On peut aisément penser que Cadillac sera la dernière ligne droite pour l’un et l’autre.
De la capacité de l’équipe à fournir une monoplace compétitive et de progresser de façon substantielle dépendra en grande partie la réussite du retour de ces deux irréductibles qui s’accrochent à la Formule 1. Ils ne seront probablement pas titrés mais quelques podiums supplémentaires et, qui sait, une ou deux victoires, ne sont pas à exclure totalement.
On n’est sûr de rien en Formule 1 et les nouvelles règles pourraient être un changement de grande ampleur. Cadillac, qui arrive avec des ambitions mesurées pour sa première saison, sera-t-elle en mesure de viser gros rapidement ? De là à mettre Bottas et Perez sur une orbite que l’on pensait inaccessible ?
Les deux revenants ont en tous les cas une vraie opportunité de remettre en selle leurs carrières.
