Jean Alesi : le destin inachevé d’un pilote d’exception
S’il existait un championnat du pilote malchanceux, Jean Alesi aurait probablement plusieurs titres à son actif. Après des débuts tonitruants chez Tyrrell et des joutes mémorables avec Ayrton Senna, l’Avignonnais était promis à un avenir radieux en Formule 1. C’était sans compter sur un chat noir régulièrement présent dans son garage pendant l’intégralité de sa carrière.
Des débuts tonitruants et un duel mémorable avec Senna
C’est sur le circuit Paul Ricard, à l’occasion du Grand Prix de France 1989, que Jean Alesi effectuait ses débuts au sein de l’écurie Tyrrell. Une écurie modeste mais qui lui permettait de se mettre en évidence puisqu’il concluait son entrée en Formule 1 par une étonnante 4e place.
L’année suivante, toujours chez Tyrrell, il livre une prestation incroyable lors de la manche d’ouverture de la saison à Phoenix, en surprenant le grand Ayrton Senna au départ et en offrant une réplique cinglante au Brésilien durant plusieurs tours pour finalement terminer deuxième.
Il réédite l’exploit dans les rues de Monaco où il termine une nouvelle fois deuxième derrière Senna. Il marque au total 13 points sur cette saison 1990 et fait office de révélation du championnat pour bien des observateurs.
Ces performances remarquables lui ouvrent grand les portes de la Scuderia Ferrari, avec laquelle il entamera un long parcours et deviendra l’une des idoles des tifosi. Il est, encore aujourd’hui, adulé en Italie. En contact avancé avec Williams, il décide finalement de suivre son cœur, résolument voué à Ferrari.
Une longue histoire d’amour avec Ferrari et les tifosi
Jean Alesi fait donc ses débuts chez Ferrari en 1991 aux côtés d’Alain Prost, mais la monoplace est décevante. Prost la qualifiera d’ailleurs de « camion » et sera limogé en fin de saison par la Scuderia, qui n’a guère apprécié la comparaison.
Jean dispute une saison d’apprentissage à bonne école et apprend de son équipier, qui deviendra son ami et, bien plus tard, son employeur.
Une septième place finale au championnat du monde, 21 points et 3 podiums en guise de bilan pour le pilote français, qui a réussi son examen d’entrée chez les rouges. De quoi poursuivre l’aventure et envisager la saison 1992 avec plus d’assurance.
Hélas, c’est encore une année difficile pour la Scuderia. La F92A est ratée. Jean Alesi sauve les meubles avec 2 podiums en Espagne et au Canada mais ne marque que 18 points au championnat. Il surclasse cependant très nettement son équipier Ivan Capelli.
Gerhard Berger le rejoint chez Ferrari en 1993 et c’est le début d’une longue collaboration avec le pilote autrichien. Ce n’est malheureusement toujours pas une grande année pour l’écurie italienne mais « Jeannot » monte sur la troisième marche du podium à Monaco et sur la deuxième à Monza, devant des tifosi conquis par le personnage et le pilote.
L’année 1994 signe le retour de Ferrari au premier plan, mais confirme aussi l’invraisemblable malchance du pilote français. De nombreux problèmes mécaniques ponctuent sa saison et lui font perdre des points précieux au championnat. L’exemple de Monza l’illustre parfaitement. Après une somptueuse pole position, Jean se dirige vers la victoire lorsqu’un problème d’embrayage lors de son arrêt aux stands le contraint à l’abandon. Il monte 3 fois sur le podium et termine 5e du championnat.
La courbe de progression se poursuit chez Ferrari en 1995 mais Alesi perd encore de nombreux points sur des problèmes mécaniques ou des incidents dont il est victime. Il abandonne ainsi en Espagne, en Allemagne, en Hongrie, en Belgique, en Italie et au Japon sur des problèmes techniques, tandis qu’il s’accroche avec la Ligier de Martin Brundle à Monaco, sans avoir la moindre responsabilité dans l’incident. Au milieu de cette avalanche d’avaries, il remporte sa première et unique victoire à Montréal. Il termine 5e du championnat du monde mais aurait largement pu monter sur le podium final. Et peut-être mieux.
Les années Benetton : ambitions élevées mais résultats décevants
Après l’annonce de la signature de Michael Schumacher chez Ferrari, Jeannot trouve refuge chez Benetton Renault. Il rejoint l’équipe championne du monde 1995 et fonde de grands espoirs pour 1996 mais la monoplace est délicate. Le résultat d’une monoplace conçue avec et pour Schumacher et une équipe démunie sans con champion. Ni Alesi ni son équipier Berger ne parviendront à lutter pour le titre.
La guigne ne le lâche pas, notamment à Monaco où, alors en tête de la course, il doit s’arrêter à son stand à cause d’un problème de suspension. Il parvient malgré tout à monter huit fois sur le podium et à terminer 4e du championnat mais sans la moindre victoire.
Il terminera également 4e du championnat du monde 1997 avec 5 podiums et une pole position à Monza mais là encore, pas la moindre victoire malgré de jolis coups d’éclat avec la Benetton Renault.
Il aura par ailleurs dominé Berger durant ces deux saisons. Maigre consolation.
Un passage chez Sauber et un dernier podium
Il signe chez Sauber pour 1998 et réussit encore de nombreux exploits, trop souvent gâchés par des problèmes mécaniques. Il parvient malgré tout à entrer à 5 reprises dans les points et monte sur ce qui restera le dernier podium de sa carrière lors d’un Grand Prix de Belgique d’anthologie disputé sous la pluie.
La saison 1999 ressemblera beaucoup à la précédente, avec un Alesi enflammé au volant de sa Sauber mais avec d’innombrables avaries techniques qui le privent à plusieurs reprises d’excellents résultats. À la fin de l’année, c’en est trop pour le pilote avignonnais qui signe avec son ami Alain Prost pour la saison 2000.
Espoirs déçus avec Alain Prost
Une association 100 % française avec Prost/Alesi/Peugeot, rêvée depuis plusieurs années, qui prend enfin forme. Le projet a fière allure. Mais encore une fois, ses espoirs seront rapidement douchés.
L’AP03 est catastrophique. Peu fiable et peu performante, elle contraint Alesi et son équipier à un score entièrement vierge, malgré, une nouvelle fois, quelques coups d’éclat gâchés par la mécanique, notamment à Monaco et Spa-Francorchamps. Pas moins de 9 abandons sur des problèmes mécaniques pour le pilote français à l’issue de la saison.
L’AP04, désormais motorisée par un moteur Ferrari rebadgé Acer, réalise d’excellents chronos durant les essais d’intersaison et on se prend à rêver d’une bonne saison pour Prost et Alesi. Si les points finissent par tomber, avec, coup sur coup, une 6e place à Monaco et au Canada, la relation avec Alain Prost se détériore. Après un dernier point marqué à Hockenheim, Prost et Alesi mettent un terme à leur collaboration. Jean Alesi rejoint son vieil ami Eddie Jordan, et Heinz-Harald Frentzen hérite de son baquet.
Derniers tours d’honneur chez Jordan
Alesi marquera un dernier point à Spa-Francorchamps mais devra céder sa place à Takuma Sato, fortement poussé par Honda, pour l’année suivante. Il dispute son dernier Grand Prix à Suzuka, au Japon. Un Grand Prix qu’il finira dans le mur de pneus après un spectaculaire accrochage avec Kimi Räikkönen.
Il tire donc sa révérence fin 2001 après 201 Grands Prix. Mika Häkkinen met lui aussi un terme à sa carrière ce jour-là. Ce sont deux grandes figures de la Formule 1 qui désertent le paddock.
L’après F1
Alesi s’engagera par la suite en DTM, en Allemagne. Il y disputera 5 saisons avec, à la clé, 5 victoires, puis raccrochera définitivement le casque en 2012 après avoir participé, sans grand succès, aux 500 Miles d’Indianapolis, au volant d’une très modeste Dallara Lotus.
On le retrouvera par la suite dans le rôle de consultant chez Canal +, rôle qu’il occupe encore aujourd’hui, sporadiquement.
Jean Alesi restera comme l’un des pilotes les plus talentueux de sa génération mais également comme l’un des plus malchanceux. Une guigne tenace l’aura privé d’une belle poignée de victoires et peut-être davantage. Pourtant, réduire sa carrière à la seule malchance serait sans doute trop simple.
L’opportunité Williams fin 1990 lui aurait peut-être ouvert d’autres horizons et changé le cours de son histoire. Mais Alesi a toujours suivi son instinct, son cœur, résolument tourné vers Ferrari. Dans une Formule 1 de plus en plus stratégique, où le timing et les choix de carrière devenaient déterminants, le Français a parfois payé ses décisions au prix fort.
Sa fidélité envers Ferrari, son sens de l’attaque, son panache et sa personnalité l’ont élevé au rang de star auprès des tifosi. Peut-être n’a-t-il remporté qu’une seule victoire, mais il a gagné quelque chose de plus rare : une forme d’éternité populaire, celle des pilotes qui ont marqué les esprits bien au-delà des statistiques.
A lire aussi :
- Retour sur le Grand Prix d’Australie 2002 et le spectaculaire carambolage du départ.
- Il y a 30 ans s’annonçait la première édition du Grand Prix d’Australie à Melbourne
