Histoire de la F1

Pacific, la petite écurie qui n’aurait jamais dû arriver en Formule 1


Au milieu des années 1990, la Formule 1 pouvait encore accueillir des structures minuscules, presque artisanales. Pacific Racing en est l’exemple parfait. Fondée avec peu de moyens mais beaucoup d’ambition, l’équipe britannique va se retrouver propulsée dans l’élite du sport automobile en 1994… avec une voiture totalement dépassée. Une aventure brève, parfois douloureuse, mais devenue l’un des symboles d’une époque où la F1 était encore accessible aux outsiders.


Une petite structure née dans les formules de promotion

Pacific Racing n’est pas née en Formule 1. L’équipe est fondée en 1984 par Keith Wiggins, un ingénieur britannique passionné de sport automobile. Comme beaucoup de structures de l’époque, Pacific se développe d’abord dans les formules de promotion.

L’équipe s’illustre notamment en Formule 3000, l’antichambre de la Formule 1. Elle remporte plusieurs courses et s’impose comme une structure solide du championnat. Au début des années 1990, Pacific devient même une équipe reconnue dans cette catégorie, capable de rivaliser ponctuellement avec les meilleures formations.

Mais comme beaucoup de petites écuries de l’époque, l’ambition ultime reste la même : accéder à la Formule 1.

Au début des années 1990, cela reste encore possible. Les budgets sont sans commune mesure avec ceux d’aujourd’hui et plusieurs équipes modestes tentent leur chance. Pacific décide alors de franchir le pas pour la saison 1994.


1994 : une entrée en Formule 1 extrêmement difficile

Pour sa première saison en Formule 1, Pacific engage deux pilotes bien connus : Bertrand Gachot et Paul Belmondo.

Gachot possède déjà une solide expérience dans la discipline. Il a notamment piloté pour Onyx, Coloni et Jordan au début des années 1990. Son nom reste aussi associé à un épisode célèbre de l’histoire de la F1 : en 1991, après une altercation avec un chauffeur de taxi à Londres et l’utilisation d’un spray lacrymogène, il est condamné à une peine de prison. Jordan doit alors le remplacer pour le Grand Prix de Belgique… et choisit un jeune débutant nommé Michael Schumacher.

Paul Belmondo, lui, arrive en F1 avec moins d’expérience et un budget important, indispensable pour une structure comme Pacific.

Malheureusement, la monoplace conçue pour 1994, la PR01, est très loin du niveau requis pour la Formule 1.

Dès les premières courses, le constat est brutal. La voiture est lente, difficile à piloter et manque cruellement de développement. Les pilotes se retrouvent régulièrement à plusieurs secondes des autres équipes.

À l’époque, la grille de départ n’accepte que 26 voitures, ce qui signifie que plusieurs pilotes sont éliminés lors des qualifications. Pacific en fait immédiatement les frais.


Une voiture trop lente pour se qualifier

Les retransmissions de l’époque ont marqué les esprits. À la fin des qualifications, lorsque TF1 affichait la grille de départ, on voyait régulièrement apparaître la même mention :

« Non qualifiés : Bertrand Gachot – Paul Belmondo »

La PR01 est tout simplement trop lente. Sur certaines courses, l’écart avec le dernier qualifié atteint plusieurs secondes.

Au total, Pacific ne parvient à se qualifier qu’à cinq reprises en 1994. La grande majorité du temps, les deux voitures restent bloquées au fond de la feuille des temps.

La monoplace souffre aussi d’un manque de fiabilité et de moyens. L’épisode le plus spectaculaire intervient lors du Grand Prix d’Espagne, lorsque la voiture de Bertrand Gachot perd son aileron arrière en piste.

Les pilotes font ce qu’ils peuvent, mais l’équipe est minuscule. Pacific fonctionne avec des ressources extrêmement limitées, très loin des standards des grandes écuries.

Pourtant, la voiture n’est pas dénuée d’un certain charme. Sa livrée grise, agrémentée de touches bleues et rouges, reste encore aujourd’hui reconnaissable dans l’histoire visuelle de la Formule 1.


Une époque où certaines F1 perdaient dix secondes au tour

Il est difficile d’imaginer aujourd’hui à quel point certaines équipes pouvaient être éloignées du niveau des leaders.

Dans le cas de Pacific, l’écart peut parfois atteindre près de dix secondes au tour face aux meilleures voitures du plateau.

Cette situation illustre parfaitement la Formule 1 du début des années 1990. Le plateau est alors extrêmement large et les différences de moyens entre équipes sont gigantesques.

Certaines structures, comme Pacific, Simtek ou Forti un peu plus tard, tentent l’aventure avec des budgets dérisoires comparés à ceux des top teams.

La conséquence est simple : les écarts deviennent immenses.

Au fil de la saison 1994, Pacific se retrouve progressivement distancée. Au début de l’année, l’équipe peut encore rivaliser occasionnellement avec Simtek, autre petite structure du plateau. Mais au fil des courses, l’écart se creuse.

Les pilotes arrivent souvent sur les Grands Prix avec un constat lucide : la qualification sera quasiment impossible.


1995 : une saison un peu plus stable

Malgré cette première année très compliquée, Pacific parvient à revenir pour la saison 1995.

La nouvelle monoplace, la PR02, est légèrement plus compétitive et surtout plus fiable. Un élément va également aider l’équipe : la grille est désormais limitée à 26 voitures inscrites, ce qui signifie qu’il y a de la place pour tout le monde sur la grille. L’année suivante, la règle 107% en qualifications rendra le challenge impossible pour des structures si modestes.

Autrement dit, même si Pacific reste très lente, les voitures prennent le départ.

Les pilotes changent au fil de la saison. Bertrand Gachot reste présent en début d’année, tandis que plusieurs pilotes apportant des soutiens financiers passent dans l’équipe.

Parmi eux figure notamment Giovanni Lavaggi, qui, malgré une expérience limitée, réalise des performances honorables compte tenu du matériel dont il dispose.

On voit également apparaître le Suisse Jean-Denis Deletraz, autre pilote payant à l’époque, qui ne fera pas de miracles, terminant loin, très loin même/

Pacific continue néanmoins d’évoluer au fond de la grille. La concurrence avec Forti, nouvelle équipe arrivée en F1 en 1995, devient l’un des rares points de comparaison pour l’écurie.

Les deux structures luttent essentiellement pour éviter la dernière place.


La fin de Pacific Racing

Malgré tous les efforts de Keith Wiggins et de son équipe, la situation financière reste fragile. Les sponsors sont rares et les résultats sportifs ne permettent pas d’attirer de nouveaux investisseurs.

Au cours de la saison 1995, les difficultés financières deviennent insurmontables.

L’équipe jette l’éponge à la fin de la saison 1995. Leur dernière course restera le Grand Prix d’Australie à Adélaïde. Un Grand Prix qui sera le théâtre du meilleur résultat de Pacific puisque Betrand Gachot, termine 8ème (mais dernier).

Le projet d’une saison 1996 est évoqué un temps, mais il ne dépassera jamais le stade de l’espoir.

Pacific Racing disparaît ainsi de la Formule 1 après seulement deux saisons.


Le symbole d’une autre Formule 1

Avec le recul, Pacific incarne parfaitement une époque aujourd’hui révolue.

Dans les années 1990, des équipes très modestes pouvaient encore tenter leur chance en Formule 1. Certaines réussissaient, d’autres disparaissaient rapidement, mais toutes faisaient partie de ce paysage très ouvert.

Aujourd’hui, une structure comme Pacific n’aurait tout simplement aucune chance d’entrer dans la discipline. Les budgets se chiffrent en centaines de millions d’euros et les infrastructures nécessaires sont devenues gigantesques.

Pacific n’a jamais marqué le championnat par ses résultats. Mais l’équipe reste dans les mémoires comme l’un des derniers exemples de ces petites aventures humaines qui faisaient autrefois le charme de la Formule 1.

Et à sa manière, elle rappelle qu’il fut un temps où la grille de départ pouvait accueillir des équipes minuscules, parfois dépassées, mais toujours animées par le rêve d’exister au sommet du sport automobile.


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