Takuma Sato : le samouraï
Takuma Sato est l’un des profils les plus déroutants de l’histoire récente de la Formule 1. Capable d’exploits spectaculaires comme d’erreurs incompréhensibles, le Japonais n’a jamais laissé indifférent. Tour à tour brillant et frustrant, il a construit une carrière faite de contrastes, où chaque coup d’éclat semblait aussitôt effacé par une faute grossière.
Pilote rapide, parfois même impressionnant, Sato n’a pourtant jamais réussi à s’installer durablement parmi les références du plateau. La faute à un pilotage souvent trop agressif, qui a autant fait sa réputation qu’il a freiné sa progression. Dès lors, une question s’impose : Takuma Sato est-il passé à côté d’une carrière bien plus grande, ou a-t-il simplement atteint le plafond qui était le sien en Formule 1 ?
Débuts mitigés chez Jordan
C’est auréolé d’un titre en F3 britannique 2001, avec notamment une victoire dans le prestigieux Grand Prix de Macao, que Takuma Sato fait ses débuts chez Jordan pour la saison 2002.
Malheureusement, l’écurie irlandaise est sur le déclin et la saison est difficile pour Sato. Dominé par son équipier, l’expérimenté Giancarlo Fisichella, le Japonais fait étalage d’une belle pointe de vitesse mais se montre irrégulier. Malgré quelques belles performances ici et là, notamment en qualifications, Takuma se signale par des sorties de piste et des accrochages, notamment avec son équipier en Malaisie.
Un podium avec Bar Honda
Ce n’est que lors du dernier Grand Prix, à Suzuka, que Sato ouvre son score devant un public tout acquis à sa cause. Une magnifique cinquième place qui permet à Jordan de reprendre la 6ème place du championnat du monde des constructeurs à Jaguar.
Il rejoint BAR-Honda en 2003 en tant que pilote essayeur et se voit offrir un volant lors du Grand Prix du Japon, en remplacement de Jacques Villeneuve. Sato saisit à sa chance et termine brillamment sixième devant une foule en délire, un an après avoir marqué ses premiers points en F1.
Il est titularisé pour 2004 aux côtés de Jenson Button et réalise ce qui reste sa plus belle saison en Formule 1. Une saison faite de fulgurances mais encore d’erreurs qui lui coûtent cher au championnat du monde. Il monte sur le podium à Indianapolis et s’offre une première ligne au Grand Prix d’Europe au Nürburgring.
La saison est marquée par de nombreuses casses moteur sur la BAR du pilote japonais. Là aussi, c’est une belle poignée de points qui s’envole mais Sato a réussi l’essentiel : il a convaincu son employeur et les observateurs. Tellement qu’Alain Prost lui-même en fait sa révélation de l’année. Rien que ça.
Il termine finalement 8ème du championnat avec 34 points contre 85 pour son équipier Button.
Il rempile avec BAR en 2005 mais la saison est catastrophique pour Taku, qui n’inscrit qu’un seul point, à Budapest. Sèchement dominé par Button, il doit à nouveau faire face à de trop nombreux ennuis techniques. Une année difficile qui lui coûte sa place pour 2006, où il est remplacé par Rubens Barrichello.
Super Aguri, une écurie conçue pour et autour de Takuma Sato
Honda décide de ne pas laisser tomber son pilote et monte une structure pour lui permettre de disputer la saison. C’est Aguri Suzuki qui est chargé de diriger l’équipe, qui s’appellera Super Aguri. De vieux châssis Arrows datant de 2002 sont rachetés par Honda pour s’engager dans le championnat.
Comme attendu, la monoplace occupe le fond du peloton pendant toute la saison, mais Sato domine ses équipiers Yuji Ide, Franck Montagny et son compatriote Sakon Yamamoto.
La saison 2007 voit l’écurie Super Aguri effectuer un bond dans la hiérarchie. Sato rentre à deux reprises dans les points à Barcelone et surtout à Montréal, où il est l’auteur d’un véritable festival, dépassant plusieurs concurrents dont le double champion du monde Fernando Alonso, qui pilote pourtant une McLaren.
Ce seront les derniers points du pilote japonais en Formule 1. Si l’écurie dirigée par Aguri Suzuki se présente bien au départ de la saison 2008, les finances sont dans le rouge et la structure jette l’éponge après quelques Grands Prix.
Takuma sera fortement pressenti pour remplacer Sébastien Bourdais chez Toro Rosso pour la saison 2009, mais le Français gardera in extremis sa place.
Sato se tournera par la suite vers l’IndyCar avec bien plus de succès, remportant plusieurs courses et surtout deux éditions des prestigieuses 500 miles d’Indianapolis en 2017 et 2020.
Takuma Sato reste aujourd’hui l’un des meilleurs pilotes japonais vus en Formule 1. Quelques exploits mais beaucoup d’occasions manquées par un pilotage trop agressif auront marqué sa carrière en Formule 1. Sa réussite outre-Atlantique le démontre : le talent ne lui a jamais fait défaut.
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